Comment devient-on serial entrepreneur

J ’ai souvent entendu dire qu’il fallait être d’un certain milieu pour se retrouver à la tête d’une boîte comme Wijet ; rien n’est plus faux !

En revanche, j’ai senti assez tôt que l’entrepreneuriat était fait pour moi (quelques clins d’œil du destin).

Du côté de Salon

Quelques mots sur moi : je viens de Lille, mais j’ai grandi à côté de Salon de Provence, dans le sud de la France. Côté familial : une mère instit’, un père cadre ; on économise et on met son argent dans des choses qui ont du sens (mon père lève encore les yeux au ciel quand il me voit arriver dans une grosse berline…que je loue).

En 3e, je fais mon stage de découverte en entreprise chez mon cousin, qui a une boîte d’informatique. Il m’apprend les bases de la programmation en Visual basic ; je vois qu’il est très libre dans sa vie, avec ses clients ; ça me plaît. En filière S au lycée, je programme des snakes sur ma Ti82 (comme tout geek).

Mon 1er logiciel payé en notes de frais

C’est en 1ère, à 16 ans, que j’ai l’occasion de faire mes premières armes sur un projet. Un soir, mon père me prend à partie, et m’explique qu’il aurait besoin d’un tableau Excel pour faciliter la gestion de ses camions. Il bosse alors dans une boîte de transport logistique, et chaque matin, ses collaborateurs notent au crayon les circuits des tournées sur une feuille A3…

Moi, tout de suite : faisons un logiciel !

Je commence à développer, super enthousiaste. Je connais l’excitation des heures de travail ininterrompu, l’attente fébrile du résultat, la concentration nerveuse. Je me vois encore la nuit devant mon PC, mon père derrière moi qui m’explique en PO¹ avant-gardiste ce qu’il désire ; il s’endormait sur sa chaise.

Je découvre ce qui me plaît dans la création d’entreprise : être libre et maître de ce que tu fais (si tu fais une connerie, tu la payes ; et vice versa).

Le projet sort ; le patron est réticent (conduite du changement !), les employés, super enthousiastes ; finalement le patron accepte.

Après quelques mois d’utilisation, mon père avancera timidement qu’il faudrait me payer. Son patron refuse… puis se rend. Ce sera 12.000 francs (on est en 2001), versés en frais de déplacement au nom de mon père (le statut d’auto-entrepreneur n’existait pas). Avec ça, je m’achète un PC.

Une autre chose géniale : penser qu’avec ce logiciel, j’ai pu améliorer les journées de travail de quelques personnes. Cette sensation m’a boosté ; les mecs me prenaient pour le futur Bill Gates ! Pour l’anecdote, le logiciel s’est mis à planter au bout d’1 an : j’avais déclaré les variables jusqu’à un certain point, 32 767 ou quelque chose… Ce chiffre passé, ça buggait.

L’INSA

Après le bac, je m’oriente vers une école d’ingénieurs. Pas pur dev (genre EPITA²), ou pur travail (genre prépa) ; je postule sur dossier pour l’INSA³ et suis pris… sur liste d’attente.

Finalement, je suis admis ; je m’implique très vite dans les côtés associatifs et Bureau des Etudiants. Mon profil durant toutes ces années d’études ? Pas le bourreau de travail ; plutôt le mec chiant qui frappe à la porte pour aller sortir. En fin de 2e année, j’opte pour la spécialité informatique.

Un événement fondateur : l’année suivante, j’organise le gala de l’INSA, et j’adore. Gros budget (200k€), équipe de 20 personnes, Palais des congrès de Lyon. Ça me conforte dans l’idée que la gestion d’un projet, d’une équipe, c’est ce que j’aime. Et ce dans quoi je suis bon. Au passage, j’apprends des rudiments indispensables côté administratif : fiches de paie, emplois aidés, PV, URSSAF,… Des notions de structuration et de gouvernance dont j’aurai besoin plus tard !

Après un Erasmus en Finlande (le soleil se lève à 14h, je passe ma vie à sortir et ne vois presque jamais le jour), je prends l’option entrepreneuriat. Là encore, on monte un mini business plan pour commercialiser des montres géolocalisées et retrouver les enfants qui se perdent dans les centres d’attraction. Ça pourrait marcher ! Mon binôme est un savant fou ; je laisse tomber.

La graphologie, ça ne marche pas (toujours)

A cette époque, le graal qui me fait rêver, c’est le Master HEC Entrepreneurs.

Avant de postuler, je rencontre une graphologue et elle me dit qu’il me faudra entre 5 à 10 ans avant de devenir entrepreneur.

C’est beaucoup trop long ! Je n’ai désormais qu’une envie : devenir entrepreneur.

Je vais bientôt y parvenir ; il ne me reste plus qu’à pousser une petite porte pour entrer à HEC. Et d’abord, faire un choix.



   


Cet épisode fait partie d’une série d’articles intitulée : “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.” Retrouvez l’ensemble des épisodes en cliquant ici.


Notes

¹P.O. : Product Owner. En gros, c’est le client sur un projet en méthode Agile ; celui qui porte la vision du produit.

²EPITA : Ecole d’ingénieurs en informatique à Paris, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse.

³INSA : Institut National des Sciences Appliquées.

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