Leçons sur la négociation et l’endettement.

Après l’INSA et mes deux expériences entrepreneuriales réussies, je brûle de me lancer et de monter ma boîte. Le master HEC Entrepreneurs me semble être la voie royale.

Vous pensez quoi d’Einstein ?

Mauvais départ. Aux entretiens d’HEC, je ne suis même pas assis que le “sélectionneur”, voyant que j’habite avenue Albert Einstein, me demande : vous pensez quoi d’Einstein ? Croyant à une plaisanterie, je ne réponds pas.

Il revient à la charge : vous ne répondez pas ? Vous n’êtes pas sûr de vous ? Toujours rien de ma part. Bien, on va arrêter l’entretien là.

La claque ! Finalement, l’entretien continue ; mais je ne suis pas pris ; on me met sur liste d’attente.

Je pars donc à la recherche d’un job et poste mon CV sur Monster. Après quelques minutes, une chasseuse de têtes m’appelle déjà pour un entretien !

Ça, c’est un truc que tous les recruteurs devraient expérimenter au moins une fois : se mettre dans la peau des développeurs. On est chassé à mort !

Une semaine plus tard, j’obtiens un 1er rendez-vous téléphonique avec Amadeus, 1er fournisseur mondial de solutions IT pour les compagnies aériennes.

Euh… J’ai HEC en double appel

On est alors en juin 2007. L’entretien par téléphone se passe super bien ; ils veulent que je vienne à Sophia Antipolis pour les rencontrer. Et là, pendant le call, alors que je demande la grille des salaires et que la fille se met à la chercher, je reçois un double appel.

C’est HEC.

“Il y a eu un désistement ; vous êtes pris pour le Master HEC Entrepreneurs. Ça vous intéresse ?” Et comment ! Je réponds laconiquement : oui, mais laissez-moi jusqu’à lundi.

La tête ailleurs, je reprends la fille d’Amadeus ; elle n’a toujours pas trouvé sa grille.

Je décide cependant de me rendre à Sophia Antipolis, pour l’expérience. Tous frais payés, accueil dément, avion, voiture avec chauffeur, repas,… Je passe 3 entretiens ; je retrouve la fille au dernier, qui me propose un poste de développeur pour 40k. Et chef de projet ? “Pas possible avant 5 ans”. Ni le salaire ni le poste ne me conviennent ; je me lève pour partir. “Attendez ! Attendez!” Ils ont besoin de devs ; le lundi suivant, je recevrai une propal à 5 ou 10k de plus.

Super leçon de négociation : La meilleure négo, c’est quand on n’a pas la corde au cou (ou que l’on fait semblant de ne pas l’avoir). Sois serein. tu attends quelque chose, mais en face, ils ont aussi un besoin. aie toujours un peu “honte” de ta négo (sinon c’est que tu as mal vendu).

Je m’endette pour une boîte à outils

Je refuse donc Amadeus et rentre à HEC (avant ça, je pars 2 semaines pour faire le tour de la Corse en vélo, avec une amie, puis mon frère).

Un petit détail : l’année coûte 14k€. Après m’avoir payé tous mes frais pendant mes 5 années d’études, mes parents me laissent me débrouiller. C’est normal et formateur.

Je pars donc pour la tournée des banques . Pas difficile : à HEC, elles ont des stands dans le hall d’accueil. Puisque les taux d’emprunt sont bas (1,9%), pourquoi ne pas emprunter plus ? La 1ère banque me propose 20k ; chez LCL, ils sont ok pour 30 ; la SoGé me refuse 50. Je retourne à la 1ère, qui monte à 40 ; même chose pour LCL. Finalement, BNP me prêtera 50k sur 9 ans avec 1 an de différé.

Là encore, un choix : soit je place cet argent ; soit je le garde, dans l’idée d’en avoir de côté dans 1 an. Ce sera la deuxième option.

Mon premier achat avec mes 50k€ ? Une caisse à outils. Les tournevis Facom sont garantis à vie ; c’est un bon investissement. Ça me permet aussi de refaire le parquet de mon appartement dans le 13e ; car je viens de déménager.

La rencontre avec mon (futur) associé

HEC débute avec une semaine dans le Jura : excellent pour se connaître et construire une équipe soudée. Je sors de là en super forme.

A HEC, le principe est simple : 30 entrepreneurs viennent pitcher des idées de projets devant les étudiants. On constitue des équipes de 3 et on bosse ensemble pendant plusieurs mois.

Du côté étudiants, on est tous fébriles et excités ; on sait qu’il y a des pointures en face de nous.

Un des entrepreneurs retient notre attention. Assez jeune, très cool, un cheveu sur la langue, il travaille en freelance pour Tikehau Capital¹ et voyage beaucoup aux US. Son fonds d’investissement l’a missionné pour créer un fonds venture capital² amélioré : trouver des projets, recruter des équipes et lever des fonds. Un croisement entre l’incubateur, le fonds et l’accélérateur (aujourd’hui on appellerait cela un startup studio).

Il nous présente un projet autour d’un nouveau jet privé qui vient de sortir sur le marché US, à prix cassé (pour un jet). L’Eclipse 500, à 1M$.

L’idée de base : à terme, tout américain un peu fortuné aura sa maison, son chien, son 4×4 et son jet privé.

J’appellerai cet homme Mr A. dans la suite de mon récit.

Je sais que je veux travailler avec lui.



   


Cet épisode fait partie d’une série d’articles intitulée : “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.” Retrouvez l’ensemble des épisodes en cliquant ici.


 

Notes

¹Tikehau Capital est une société de gestion d’actifs et d’investissement.

²fonds Venture capital (ou VC – à lire à l’anglaise -) : un fonds de capital risque. L’idée est d’investir dans des start-ups non-côtés à fort rendement potentiel avec donc un risque élevé (on n’a rien sans rien).

4 COMMENTS

  1. Bonjour Corentin,
    Félicitations pour vos écrits captivants qui ne donne qu’une envie … lire la suite !
    Continuez comme ça, c’est un beau projet que de partager son expérience !
    Cela apporte à toutes personnes qui piquée par sa curiosité, lira vos écrits à la fois démystificateur (pour les novices), et rassurant pour ceux qui se sont déjà lancés.
    En espérant lire la suite, recevez tout mon soutient.

    • Merci Fred ! C’est tout à fait l’objectif ! Si cela pouvait faire naître des vocations ou en confirmer d’autres .. ne serait-ce qu’une : ce sera mission accomplie ! Et je serai ravi !

  2. Corentin,

    J’ai dévoré ces 3 premiers épisodes…
    Je suis certaine que votre récit pourrait faire l’objet d’une série à succès, style Silicon Valley à la française !
    A bientôt pour la suite,
    Evelyne

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