Je bluffe pour décrocher Wijet.

Au Master HEC Entrepreneurs, un homme se présente avec un projet autour des jets privés ou very light jets. Le projet se nomme X-jet, et nous sommes nombreux parmi les étudiants à vouloir en faire partie.

Mensonge avoué …

C’est le jury qui choisit et forme les équipes, après que chaque étudiant a inscrit ses préférences sur une feuille. Comme une trentaine d’autres (je l’apprendrai par la suite), je mets “X-jet” en premier sur ma liste.

J’écris aussi que je possède un brevet de pilote, même si c’est faux ou pas tout à fait vrai …

A 16 ans, j’avais passé un brevet d’initiation aéronautique. Je rêvais de piloter, et j’avais lu le livre d’initiation en entier (un des seuls livres que j’ai lus en entier, avec le manuel de programmation sur Visual Basic). Le brevet était entièrement théorique ; je n’avais jamais piloté.

Bien avant Wijet, les sports aéronautiques, à risque et forte dose d’adrénaline, m’ont toujours passionné (chute libre, parapente,…). J’aurai l’occasion de passer ce brevet de pilote plus tard.

Dans l’après-midi, les équipes sont annoncées, et je suis sélectionné ; au bluff.

Nous sommes donc 3 dans l’équipe X-jet : O.L. (HEC), F.G. (Télécom) et moi. La cour d’HEC sert de décor à notre kick off. Mr A. nous explique le projet et nous raconte son parcours : HEC, Harvard, Sciences po, la Marine. Il a un profil d’entrepreneur, avec déjà pas mal d’expérience. Le type de personnes avec qui tu as envie de bosser !

On revient parmi les autres, qui nous questionnent et nous félicitent, un peu dépités. Clairement, on a décroché le projet le plus sexy.

Entre Maxim’s et Mac Do

O.L., F.G. et moi nous retrouvons lancés dans ce projet, avec une dead-line dans 1 mois et 1/2 : une soutenance devant un jury d’investisseurs et d’entrepreneurs.

Le projet n’est pas encore bien déterminé : des jets privés à moitié prix ont débarqué sur le marché ; voilà ce qu’on sait.

Pour moi, se retrouver dans cette situation, avec tout à construire, est hyper excitant. Une nouvelle fois je me rends compte que c’est ça qui me plaît.

J’aborde ce marché en novice complet. Je fais une tentative de réservation de jet privé en recherchant sur internet, et je constate assez rapidement les manques : 80% du marché est complètement intermédié via des brokers, le montant des devis change selon le nom de la personne, on a l’impression que tout est fait pour qu’on ne fasse pas de demandes. Les avions utilisés jusqu’alors, à 6–8 places, reviennent aussi beaucoup plus chers à l’achat (5M$) et à l’exploitation.

Une idée germe :

Créer une compagnie aérienne de JET PRIVé en proposant des tarifs ABORDABLES, à l’heure de vol et surtout fixes.

Pour des avions à 4 places, on table sur 1600€ l’heure de vol, soit 400€ par personne. Un prix fixe, c’est très innovant, car les taxes d’atterrissage diffèrent selon les aéroports : notre marge sera tantôt importante, tantôt très réduite. On prévoit aussi de faciliter la réservation via une plateforme web.

Nos séances de travail se déroulent dans les bureaux de Tikehau, rue Royale, au-dessus de chez Maxim’s. Je me retrouve à manier des millions d’euros (sur Excel), sans avoir aucune idée de ce que c’est.

Quand on finit tard, F.G. et moi allons au MacDo, rue de Rivoli.

Discussion d’ascenseur

Finalement, on présente le projet à HEC devant le jury de Venture Capitalist (cf. note article précédent) et on obtient la note de 19/20. Mr A. nous propose de continuer l’aventure ; O.L. décline : elle a déjà un poste chez Lehmann (on est encore en 2007).

Le projet démarre avec F.G. et moi.

Je continue mes études à HEC Entrepreneurs (2 semaines chez Darty où j’apprends notamment qu’on peut vendre sans connaître ce qu’on vend), mais c’est X-Jet qui m’accapare et me passionne.

A cette époque, on se rend compte que de nombreux projets similaires au nôtre sont en train de voir le jour. Comme celui de Mr F., aujourd’hui CEO de Globeair. Après quelques échanges par mails, on signe avec lui un NDA¹, et on se rencontre au Sheraton, à Charles de Gaulle.

Dans ce milieu très sélect, j’arrive au rendez-vous avec le même costume que lors de la sortie de promotion de l’INSA (comme dans l’épisode de Bref : “le costume que j’avais mis était le même que je mettais toujours, aux entretiens d’embauche, aux enterrements et aux mariages”).

Très bon fit. On est alors en décembre 2007. Notre boîte n’existe pas encore, mais on ose aller rencontrer des pointures. Mr F. a déjà des investisseurs ; il est beaucoup plus avancé que nous.

On se revoit en janvier, cette fois-ci dans les bureaux de Tikehau (cela impose tout de suite). La discussion se termine dans l’ascenseur et Mr F. nous donne une info énorme : il ne va pas faire son projet sur l’Eclipse 500, mais sur le Cessna Citation Mustang. Eclipse est en train de faire faillite, alors que Cessna compte plus de 7000 jet privés en vol dans le ciel européen.

On va donc partir avec le Cessna ; reste à trouver les fonds.



   


Cet épisode fait partie d’une série d’articles intitulée : “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.” Retrouvez l’ensemble des épisodes en cliquant ici.


Notes

¹NDA : Non-Disclosure Agreement ou Accord de non divulgation. Il s’agit d’un accord signé entre 2 parties dans lequel chacune s’engage à ne pas divulguer les informations transmises par l’autre.

4 COMMENTS

  1. comme dans l’épisode de Bref : “le costume que j’avais mis était le même que je mettais toujours, aux entretiens d’embauche, aux enterrements et aux mariages”
    Pas le temps! 😉

    • Bonne excuse … ! Pas d’argent quoique je venais de recevoir mon prêt de 50keur… la vérité : pas conscience de l’importance de la tenue ( j’avais 23 ans !)

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