Réputation et histoires louches

Durant 10 ans, il m’est arrivé de me retrouver dans des situations parfois drôles, d’autres fois assez flippantes.

Les vilains petits canards de l’aviation française

C’était l’image de Wijet à un moment. Beaucoup de patrons de compagnie étaient des gens assez âgés, ayant toujours évolué dans ce type de milieu.

Comme on l’a vu dans les épisodes précédents, j’ai débarqué dans le milieu de l’aviation en amateur, et entrepreneur sans véritable expérience.

Je n’hésitais pas à demander des choses qu’on ne demandait pas, ou répondre sur un ton inhabituel ; cela gênait ; on cassait les codes. Mes rapports avec la Délégation Générale de l’Aviation Civile (DGAC), à plusieurs reprises, furent tendus.

Un contrôleur de la DGAC fait un jour un contrôle inopiné sur un vol Paris-Figari. Il n’y a qu’une cabine dans nos jets privés, et pas de séparation entre le cockpit et les passagers. Notre politique dans ces cas-là, c’est de toujours demander l’accord du client ; c’est lui qui paye.

Celui-ci ne veut pas ; le contrôleur insiste ; j’appelle l’organisme de contrôle de vol, pour leur dire qu’on ne peut pas prendre de contrôleur si le client refuse, et il me répond : je n’ai peut-être pas fait des Grandes Ecoles, moi, mais je sais que ce contrôle est très positif pour les clients.

Finalement, le client monte ; le contrôleur le suit. A bord, le client se retourne et dit : il y a un vol régulier Paris-Figari qui va partir avec Air France ; je veux bien le prendre, mais vous payez ma facture de 10k€ pour le jet privé que je n’ai pas pris. Le contrôleur est parti.

Le vol était un vendredi soir. Sans doute un contrôleur qui voulait passer le weekend en Corse…

Avec le Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) aussi ce ne fut pas toujours facile. Nous sortions des sentiers battus, et en même temps, nous disposions d’une très bonne renommée médiatique, mais aussi en expertise.

Au niveau technologie, par exemple, nous avons été la première compagnie à utiliser des Electronic Flight Bags¹, cela avait même été repris dans la presse².

On avançait, malgré les mauvaises langues et l’establishment.

La Brigade financière

Wijet est né durant la crise de 2008. Nos tarifs ont permis à des gens qui voyageaient en business class de s’offrir des vols en jets privés ; et à d’autres qui voyageaient dans le grand luxe… de toujours voyager en jet !

J’ai connu un monde nouveau, avec des soirées au Festival de Cannes (soirée d’Albane), par exemple, la montée des marches, des rencontres de célébrités, Denisot, que j’ai toujours admiré, Sarkozy (j’en reparlerai), Sharon Stone (les pilotes se battaient pour l’avoir !) et d’autres encore.

J’ai eu la chance de visiter les caves de Petrus et de goûter un Petrus avec cette dame qui me servait de guide ; un moment magique.

L’argent allait aussi de pair avec les histoires louches.

Je reçois un jour un mail de la Brigade financière qui me demande de leur fournir la liste de tous les vols d’un client. Je vérifie l’en-tête ; j’ai l’impression que c’est un faux.

2 semaines plus tard, le même mail, renvoyé en reminder. Je crois comprendre du courrier que le client est informé. Je l’appelle ; il n’est pas au courant.

Le temps passe.

Je suis à Charles de Gaulle lorsque je reçois un appel de Mr H. : la brigade financière est dans les bureaux de Wijet ! Je fonce sur mon scooter. Quand j’arrive, je vois deux brassards orange. C’était bien la Brigade financière.

Vous savez pourquoi nous sommes là ?

Non.

Nous vous avons envoyé 2 mails ; sans réponse.

Ils commencent par me poser des questions. Comment avez-vous connu cette personne ? Etc.

Et puis :

C’est là que la discussion va se corser ; selon votre réponse :

Avez-vous communiqué ce document à votre client ?

Bien sûr ! Vous indiquez l’avoir informé !

Vous n’avez pas vu la mention “ne communiquer à personne” ?

Si, mais elle n’était pas sur le premier mail ; seulement sur le second.

Bien ; soit vous collaborez, soit vous allez chez le procureur.

J’ai passé des heures à reprendre tous les vols du client ; je me voyais déjà en prison.

Et puis rien.

Ce client, qui avait un crédit de 80k€ chez nous, ne s’est plus jamais représenté.

Et la Brigade n’a pas non plus donné de nouvelles.

Les flics au Bourget

Histoires louches, ou seulement drôles.

Un de nos commerciaux m’appelle car un type lui demande si on transporte ou non des palettes. Non, bien sûr, c’est trop grand ! Le mec insiste : ce ne sont pas des palettes, ce sont des plaques de billets… Avec la marge de fou qui était en vue, notre commercial était à deux doigts d’accepter. J’ai refusé.

D’autres clients souhaitaient aussi voyager très discrets, avec des filles qui n’étaient pas leur femme. Ils nous demandaient de réserver des hôtels à destination. Et le lendemain, nous exhortaient à ne faire aucune mention de leur voyage à leur femme, qui désormais était à leurs côtés.

Un homme nous appelle la veille de l’anniversaire de sa femme : il a oublié la date, et souhaite lui offrir un vol en jet privé. Et nous missionne pour aller trouver un gâteau casher ! On part au supermarché… Notre grande joie, c’était la satisfaction finale du client.

Parfois, souvent, les histoires se sont bien terminées.

Un jour, un pilote m’appelle : dépêche, y a des flics pour nous au Bourget ! Je flippe comme un fou. J’appelle un taxi moto, qui n’avance pas. Je me retrouve sur une moto blanche, type police allemande, dans les embouteillages. Le chauffeur met alors son gyrophare et je fais le Champs-Elysées — Bourget le plus rapide de ma vie : 16 minutes !

Je débarque, en stress : personne. Les flics n’étaient pas là pour nous, mais pour accompagner une célébrité.



   


Cet épisode fait partie d’une série d’articles intitulée : “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.” Retrouvez l’ensemble des épisodes en cliquant ici.


Notes

¹ C’est un dispositif électronique de gestion de l’information qui aide les équipages à effectuer des tâches de gestion de vol plus facilement et plus efficacement avec moins de papier. Cela évite d’avoir notamment toutes les cartes papiers à bord : un gain de plus de 20kg !

² https://www.journal-aviation.com/actualites/26575-aviation-d-affaires-wijet-va-equiper-sa-flotte-d-efb

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